Le « flou de bougé » est certainement la cause la plus commune de dégradation de la netteté de vos images. Nous allons donc voir comment éviter cette mauvaise surprise grâce une petite règle déjà utilisée en argentique. En effet, certaines situations de prise de vue ne permettent pas toujours le relatif encombrement d’un trépied ou d’un monopode, accessoires bien pratiques pour éviter ce flou de bougé. Cette astuce de la semaine peut donc vous rendre de fiers services !
D’où vient ce flou de bougé ?
Sans une parfaite stabilisation, une vitesse d’obturation trop faible par rapport à votre focale (ou la position de votre zoom) peut faire que le moindre mouvement du photographe provoque une image floue. Ce mouvement peut être naturel (battements de votre cÅ“ur, tremblements), ou mécaniques (bascule du miroir de votre réflex – c’est le « clic » ou le « crouuik » métallique que vous entendez à chaque prise de vue -).
C’est pour cette raison qu’avant toute chose il est important de se mettre en condition et de bien se stabiliser (pas de café avant une séance de macrophotographie, pas de champagne pendant vos reportages
).
Le phénomène des mouvements est une donnée de l’équation, mais votre focale est aussi un facteur pouvant générer du flou sur vos images. C’est pour cela que la fameuse règle du ratio « 1/focale » existe…
Elle vient du fait que plus votre focale est longue, plus votre sujet est agrandi, ce qui amplifie l’effet de vos mouvements et le risque de flou qui peut les accompagner. A contrario et dans une certaine mesure, plus votre focale est courte (ex. : 16 ou 18mm), moins vos mouvements sont amplifiés et le risque de faire des photos flous devient alors plus faible (mais toujours présent). Cet état de fait peut, dans certains cas, vous orienter sur le choix d’une focale pour une situation donnée (conditions de luminosité très faible par ex.).
L’astuce du ratio 1/focale pour l’éviter !
La règle du ratio 1/focale énonce que quelle que soit la longueur de focale de votre objectif ou la position du zoom à ce moment là (18mm, 55mm, 200mm, etc.), votre vitesse d’obturation ne doit pas être inférieure à la valeur de cette longueur de focale. Pour faire simple : votre vitesse d’obturation doit être égale ou supérieure à la valeur « 1 / longueur de votre focale ».
Exemple : sur un capteur plein format, si au moment de la prise de vue votre focale est de 50mm, il faudra rester sur une valeur de vitesse d’obturation au-dessus de 1/50s, sinon le risque d’obtenir un flou de bougé sera élevé. Avec un objectif de 200 ou 300mm, même principe, votre vitesse doit rester respectivement au-dessus de 1/200s et 1/300s.
En respectant cette règle, vous aurez plus de chances d’obtenir une image bien nette.
Dans certains cas, il se peut que vous soyez positionné sur une focale qui ne correspond à aucune vitesse proposée par votre appareil photo. Essayez alors de choisir la vitesse la plus proche. Avec un objectif 105mm macro par exemple, vous aurez le choix entre une vitesse de 1/100s et 1/125s. Là en pratique, je me calerais donc vers 1/100s, même si 1/125s est une valeur moins risquée (en macro on est souvent en recherche de beaucoup de lumière).
Que faire si je possède un capteur de taille réduite ou un capteur de très grande résolution ?
D’abord utilisée en argentique (le droit à l’erreur pardonne moins, surtout qu’elle n’est visible qu’au développement), cette règle a plutôt été conçue pour les pellicules de 24x36mm équivalentes à la taille des capteurs numérique dits « plein format ». Or l’arrivée des capteurs de dernière génération APS-C, plus petits, a changé la donne en termes de champ de vision (et non de focale). En effet, à cause ou grâce à leur taille plus réduite, ces capteurs permettent d’obtenir une image plus serrée que leur grand frère de taille 24×36. Par ce (faux) « recadrage », l’image, et donc aussi les mouvements du sujet, est grossie, ce qui entraine un risque de flou de bougé supérieur. Rappelez-vous, plus votre focale sera longue, plus le risque de flou de bougé sera prononcé. Les mouvements « prennent plus de place » dans l’image, et sont donc amplifiés.
De nos jours, il existe différentes tailles de capteur, et il n’est pas toujours facile de connaitre sa vitesse minimale conseillée, car les focales inscrites sur les objectifs sont équivalentes à celles des capteurs plein format (héritage de l’argentique). De ce fait, si votre capteur est plus petit qu’un plein format, il faudra appliquer un coefficient multiplicateur pour calculer votre focale théorique. Un capteur APS-C (EOS 650D, 60D, Nikon D7000, etc.) sera par exemple 1.5x ou 1.6x plus petit qu’un 24×36. De ce fait, un objectif de 50mm deviendra alors un 80mm sur un APS-C au coefficient de 1.6x !
Il existe différentes appellations pour les capteurs APS-C, selon les fabricants d’optiques :
- Canon – EF-S
- Nikon – DX
- Sony – DT
- Pentax – DA
- Sigma – DC
- Tamron – Di-II
La taille du capteur a donc une incidence sur cette réciproque vitesse/focale, ce qui va nous obliger à aller encore plus loin… En effet, comme ces capteurs sont par ex. 1.3x, 1.6x voire 2.7x plus petits, il faut appliquer le même coefficient pour connaître votre vitesse minimum. C’est pour cette raison que le choix d’une focale (étudiée pour les pleins formats) n’est pas sans conséquence sur vos prises de vue. Par ex., pour les fans de macro, si votre choix porte sur un objectif 100mm : là ou un capteur plein format resterait à 1/100s pour avoir une image nette, il vous faudra passer à 1/160s sur un APS-C de ratio 1.6x (100mm x 1,6 = 160 mm) !
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Mais ce n’est pas tout. La résolution du capteur est aussi un facteur à prendre en compte dans l’utilisation de cette règle ! En effet plus la résolution de votre capteur est grande, plus les tout petits détails auront une importance. De ce fait, le moindre flou de bougé sera d’autant plus visible si vous visionnez votre photo à 100%. Cela relève du « pixel peeping » (ou obsession de regarder ses photos à 100%
), mais si vous souhaitez que votre image soit parfaitement nette – même à 100% – alors mieux vaut, dans ce cas, prévoir une vitesse un peu plus élevée.
Recette de grand-mère VS technologies modernes
Certaines optiques et boitiers modernes ou haut-de-gamme possèdent des stabilisateurs internes qui permettent d’obtenir des images plus nettes même en basse vitesse. C’est une aide précieuse si vous frôlez la vitesse minimale de votre focale. Par exemple, avec le Canon 100mm f/2.8 IS L Macro, j’obtiens des images nettes à 1/25s voir 1/15s, sans support. Sans ce stabilisateur, mon taux d’échec à cette vitesse avoisinerait les 99%.
Cette astuce peut donc s’avérer trop prudentielle si vous possédez un stabilisateur efficace, mais elle doit tout de même rester un indicateur à prendre en compte pendant vos prises de vue.
Certains boitiers réflex de dernière génération possèdent également une fonction de contrôle de la vitesse minimale. Le Canon 5D Mark III, par exemple, intègre une fonction appelée « Vitesse d’obturations minimale » (menu rouge > Réglages de sensibilité ISO), qui vous permet soit de fixer une vitesse minimale en rapport avec la focale, soit de laisser faire l’appareil qui se basera sur la règle exposée dans cet article. Pour activer cette fonction, vous devez être en mode « ISO AUTO ».
Conseils pratiques
Selon moi cette règle est indispensable pour les photographes aimant travailler en lumière ambiante, ceux qui ne possèdent pas encore d’objectifs assez lumineux, n’ont pas de trépied ou de monopode à disposition, ou encore les photographes animaliers adeptes de très longues focales.
Aussi, je préconise différents ratios (approximatifs) selon chaque pratique photographique…
Vitesses conseillées en fonction des photographes et des sujets (capteur plein-format) :
- Photo à main levée / photographe fixe / sujet fixe = 1/ focale
- Photo à main levée / photographe pas très stable / sujet presque fixe = 1/ 1,5x focale
- Photo active ou sportive / photographe stable (IS et/ou Monopode) = 1/ 3x focale
- Photo aérienne à main levée / hélicoptère en mouvement = 1/ 6x focale

Photo aérienne du Golf de la Grande-Motte (34) Merwen BA – 2011 / Canon EOS-1D Mark IV, 1/1250 sec, 24mm TSE
Vitesses conseillées selon les situations :
- Courses de voiture et disciplines athlétiques : 1/2000 – 1/4000 sec.
- Un oiseau en plein vol : 1/1000 – 1/2000 sec.
- Rencontres sportives dans un gymnase : 1/800 – 1/1500 sec.
- Natures mortes ou portraits : 1/125 – 1/250 sec.
Pour les situations suivantes, l’usage d’un trépied est vivement conseillé.
- Paysages : 1/20 – 1/100 sec.
- Chutes d’eau par temps couvert, paysages marins, petit ruisseaux forestier : 1/2 – 1/30 sec.
- Paysages urbains nocturnes : 8 – 30 sec.
- Intérieurs en basse lumière, sans flash ni mouvements : 5 – 30 sec.
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Kangaroo Island – Australie 2009 – Merwen BA / Canon EOS 5D Mark II – 24mm – 13 sec / Filtres GND
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Conseils pratiques en très basses lumières
Avant un shooting de compétition sportive par ex., n’hésitez surtout pas préalablement à tester la vitesse adéquate pour fixer un sujet en mouvement. Si vous le pouvez et dans une certaine limite, n’hésitez pas à pousser votre sensibilité (ISO) au cas où votre vitesse serait trop juste. Pour mes photos de mariages, dans les églises assez sombres, j’utilise également la sous-exposition en mode AV (priorité « ouverture » chez Canon) afin de gagner quelques valeurs de vitesse en plus. Cette pratique est valable surtout si vos images sont enregistrées au format brut RAW (et non compressé JPEG). Dans ce cas, vous pourrez rattraper plus facilement leur exposition (+1IL) en post-production.
Dernière solution si vos photos restent floues malgré l’application des techniques précédentes : le facteur chance… à provoquer ! On n’y pense pas souvent, mais cela peut aider. Il vous suffit d’activer le mode rafale de votre appareil photo et d’appuyer continuellement sur le déclencheur afin de capter de nombreuses images. Le compromis est le nombre de photos supplémentaires à traiter ;-) Mais la photo c’est d’abord une histoire de compromis, n’est-ce pas ?
Conclusion
La réciproque vitesse/focale n’est pas un ratio magique ni un calcul mathématique précis (quoique), mais juste une simple astuce à garder en tête. Elle n’a pas la prétention d’assurer une netteté optimale dans 100% des cas, pour toutes les raisons évoquées dans la première partie de cet article, mais juste un taux de réussite plus important.
De plus, votre capacité à tenir et stabiliser votre appareil jouera grandement sur ce ratio. Un photographe très stable et expérimenté, sans trépied ni stabilisateur, peut shooter à des vitesses très basses sans trop de compromis sur la focale utilisée.
Retenez également que le mouvement du sujet joue grandement. Il devra être pris en compte dans vos réglages !
Enfin, en cas de besoin, utilisez un monopode, trépied, télécommande/intervalomètre ou encore un simple grip, accessoires qui vous permettront de gagner en stabilité et ainsi d’éviter ces fameux flous de bougé !
Et n’oubliez pas, les règles sont faites pour être parfois transgressées ;-)

Flous de bougé et de mouvements volontaires – Great falls Park, Virginie, USA / Merwen BA – Canon EOS 5D Mark II – 1/15 sec – 200 mm

Sénégal 2009 / Merwen BA – Flous de bougé et de mouvements volontaires – Canon EOS 40D – 1/50 sec – 420 mm
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Accessoires conseillés :
J’espère que cet article a été suffisamment clair, n’hésitez pas à partager ou recommander cette page à vos amis sur facebook et twitter ;-)
A bientôt pour une nouvelle astuce !





Ah cette obsession de la netteté à 100%…
Bel article. Limpide.
Je ne savais pas qu’il fallait des vitesses plus élevées sur les petits capteurs mais c’est logique finalement.
Aussi, je pense qu’on oublie souvent de prendre en compte les potentiels mouvements des sujets quand on ne shoote pas de sport. On les sousestime…
Tout à fait David. le tout est d’avoir une netteté optimale pas extrème après tout ! L’emotion d’abord.
Les mouvements du sujets sont également cruciaux et à prendre compte… Mais bien plus difficiles à évaluer en terme de vitesse.
l’allusion au pixel peeping est bien vue, ça devient le mal du siècle
je me suis amusé à trouver une relation mathématique entre la résolution et la vitesse de sécurité,
en simplifiant cela revient à multiplier la vitesse par 0.85*racine_carrée(résolution en Mpx) soit un coeff de 3.4 à 16MPx, 4.2 à 24MPx,… autant dire que pour être net au pixel près il faut aller très vite !
mais est-ce vraiment utile ? (non)